De l’antipode au Downtown Eastside : l’expérience d’un Australien dans des SPS et dans la communauté des soignant-es qui sauvent des vies

(Crédit photo : Trey Helten)

En tant qu’Australien à Vancouver, j’ai l’habitude de semer un peu la confusion dans l’esprit des gens. Parfois, les gens ne savent pas si je suis d’origine britannique ou néozélandaise. Parfois, ma façon de commander un café fait froncer les sourcils aux baristas. Et un jour, j’ai fait l’erreur d’utiliser l’expression argotique « that’s fair dinkum » (qui signifie « c’est la vérité ») dans une conversation avec un ami canadien qui insistait pour dire que l’australien devait être une langue en soi.

Mais dans le domaine des politiques sur les drogues au Canada, j’observe une chose qui crée plus de confusion que n’importe quel détail d’accent linguistique. Lorsque je dis à quelqu’un que « l’Australie est loin derrière le Canada en matière de réduction des méfaits », sa mâchoire tombe. Réponse fréquente : « Mais l’Australie a des sites d’injection sécuritaire depuis les années 1990! » – et ce n’est vrai qu’à moitié.

L’Australie possède actuellement deux centres d’injection supervisée. L’un est géré par la Uniting Church, à Sydney, et l’autre est un établissement gouvernemental qui a vu le jour en 2018 dans ma ville natale, Melbourne. Donc, l’Australie est en retard dès qu’il est question de chiffres : la ville de Vancouver compte dans un seul pâté de bâtiments un plus grand nombre d’établissements de réduction des méfaits que tout le continent australien. Mais il y a d’autres choses à copier du Canada.

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J’effectue un stage à la Coalition canadienne des politiques sur les drogues (CCPD), depuis janvier, et après mes débuts j’ai saisi l’occasion de faire du bénévolat une fois par semaine à l’Overdose Prevention Society (OPS), qui gère un site à bas seuil en prévention des surdoses. Je voulais aider un organisme qui sauve des vies et mieux comprendre un point de vue de l’extérieur du monde universitaire, sur les politiques en matière de drogues. Ceci m’a vite rappelé l’importance des sites de prévention des surdoses : dès mon premier soir de travail, il y a eu trois surdoses en trois heures. Grâce à l’intervention des employé-es, des bénévoles et des services paramédicaux, les trois personnes ont survécu – trois vies sauvées. Ceci se produit tous les jours. Et le nombre de décès évités est beaucoup plus grand.

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Mais il y a une autre différence entre les sites de prévention des surdoses (SPS) et les sites d’injection sécuritaire du pays d’où je viens. Un SPS est un programme dirigé par des pair-es; le personnel et les superviseur-es vivent dans le Downtown Eastside et plusieurs de ces personnes ont été ou sont actuellement des personnes qui consomment des substances ou qui ont une expérience de l’itinérance. Le fait de payer des membres de la communauté pour travailler dans le site leur procure une « sécurité » (une occasion de gagner de l’argent légalement) tout en offrant une oreille empathique aux participant-es, plutôt que d’avoir des personnes privilégiées qui leur parlent avec condescendance. En tant qu’observateur extérieur, c’est très inspirant de voir le respect que les superviseur-es et le personnel inspirent aux participant-es.

(Photo credit: Rafal Gerszak, The Globe and Mail | Trey Helten, Manager of the Overdose Prevention Society)

Vous ressentez un sentiment de réelle communauté en regardant simplement l’espace et en observant les interactions informelles entre les gens. Le tableau d’affichage situé à côté du bureau d’accueil est recouvert d’œuvres d’art et de poèmes créés par des membres de la communauté. Il y a des canapés, sur lesquels certaines personnes dorment, et une grande table dans l’espace « chill », où les gens peuvent prendre place en attendant qu’un isoloir se libère ou simplement pour discuter avec d’autres. Même les pseudonymes utilisés pour s’inscrire sont des expressions créatives et personnalisées, un mélange d’insinuations, de jeux de mots ou de mots ou phrases significatifs de leur vie. Tout cela se combine pour donner le sentiment que cet espace appartient aux participant-es.

Le bénévolat au SPS fait partie des points forts de mon séjour à Vancouver. C’est un environnement vraiment positif, ce qui peut sembler étrange puisque ma première expérience a consisté à intervenir dans trois cas de surdose, mais je le pense vraiment. Le personnel est vraiment gentil et chaleureux, et c’est toujours génial quand j’ai la chance de discuter avec un-e participant-e au moment de son arrivée. En plus de me permettre de rencontrer des gens inspirants, le SPS me donne beaucoup d’espoir, tout comme il le fait pour les innombrables membres de la communauté qui utilisent ses services vitaux. Lorsqu’on travaille dans le domaine des politiques sur les drogues, il est facile de devenir pessimiste alors que des gouvernements, la police et des personnes mal informées mettent des obstacles sur la voie du progrès. Mais le SPS est un rappel du fait que, malgré ces obstacles, des gens font chaque jour une différence positive dans la crise des surdoses.

(Photo credit: Rafal Gerszak, The Globe and Mail | Sarah Blyth, executive director at the Overdose Prevention Society)

C’est ce qui manque à l’Australie. Outre le fait que les gens sont mal informés sur les sites d’injection sécuritaire, il nous manque une approche communautaire à la réduction des méfaits. L’Australie devrait se concentrer sur la création d’espaces qui sont non seulement physiquement sûrs, mais qui permettent aux gens de se rassembler, de bâtir une communauté et de trouver de l’espoir. Bref, l’Australie n’a pas seulement besoin de plus de sites d’injection sécuritaire : elle a besoin de plus d’espaces comme les SPS. Et c’est la vérité – comme on dit chez moi, « that’s fair dinkum ».

Daniel Gates est stagiaire de recherche à la Coalition canadienne des politiques sur les drogues; il poursuit un double diplôme en droit et en relations internationales à la Monash University (Australie). L’Overdose Prevention Society accepte les dons de vêtements, de couvertures et de nourriture. Vous pouvez déposer vos dons au 58, rue Hastings Est, à Vancouver, entre 8 h et 21 h, 7 jours par semaine. Vous pouvez également leur faire un don d’argent en ligne ici.

About Peter Kim

Strategic Communications Manager, Canadian Drug Policy Coalition