Le Canada contesté aux Nations Unies pour son interprétation étroite du droit à la vie

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Le 4 mars 2026 | Genève – Aujourd’hui à Genève, les membres du Comité des droits de l’homme des Nations Unies ont exprimé leur surprise face à l’affirmation du Canada selon laquelle l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) n’exige pas des gouvernements qu’ils prennent des mesures positives pour protéger la vie lorsqu’elle est en danger.

Dans un énoncé conjoint précédant l’examen par le Comité de la conformité du Canada au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les groupes de défense des droits de l’homme ont demandé au Comité de faire pression sur le Canada pour qu’il reconnaisse que le droit à la vie exige des gouvernements qu’ils prennent des mesures positives pour remédier aux conditions systémiques qui mettent des vies en danger. Ces conditions incluent le sans-abrisme, le manque d’accès aux soins de santé essentiels, les décès dus aux drogues toxiques, la violence contre les femmes et les filles autochtones, l’insécurité alimentaire, l’eau insalubre, les aides inadéquates aux personnes handicapées et le changement climatique.

“Dans tous les cas, les gouvernements canadiens soutiennent que même lorsque des personnes sont en train de mourir, ils n’ont aucune obligation constitutionnelle d’agir”, déclare Michèle Biss, directrice exécutive du Réseau national pour le droit au logement (National Right to Housing Network). “Le droit à la vie signifie plus que le simple fait de s’abstenir de nuire. Il exige des gouvernements qu’ils préviennent les pertes prévisibles de vies humaines”.

Le Comité des droits de l’homme des Nations unies veille à ce que le Canada respecte le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantit le “droit inhérent à la vie” à l’article 6. C’est la première fois que le comité examine le Canada depuis 2015. Le Comité a toujours affirmé que la protection du droit à la vie exige des États qu’ils adoptent des “mesures positives” et qu’ils s’attaquent aux “conditions générales de la société” qui menacent la vie. Les “mesures positives” exigent des États qu’ils prennent des mesures proactives pour garantir les droits, plutôt que de simplement s’abstenir de les violer.

Aujourd’hui, les membres du comité ont remis en question l’interprétation restrictive du droit à la vie par le Canada, qui nie toute obligation de garantir l’accès aux soins de santé lorsque la vie est en danger. Les membres du comité ont en outre exprimé leurs préoccupations quant au fait que le Canada s’appuie sur des réponses punitives à l’usage de drogues et à l’itinérance plutôt que de s’attaquer aux risques graves pour la vie. Les membres du Comité ont fait référence à l’Observation générale n° 36 (2018) du Comité, qui affirme que la protection du droit à la vie exige que les États adoptent des “mesures positives” et s’attaquent aux “conditions générales dans la société” qui peuvent menacer la vie, y compris l’insuffisance des soins de santé, le sans-abrisme, les décès dus aux drogues toxiques et la dégradation de l’environnement. Le Canada a rejeté cette interprétation dans ses observations au Comité et dans les litiges devant les tribunaux nationaux.

Au niveau national, le Canada s’est opposé aux arguments invoquant les droits positifs en vertu de l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, affirmant que les gouvernements ne sont pas légalement tenus de prendre des mesures positives, même lorsque des preuves montrent que des vies sont en danger prévisible. Le Canada a présenté ces arguments dans des cas où des personnes ont invoqué leur droit à la vie en réponse à l’absence de logement, au refus de soins de santé, à l’inaction climatique ou à la fermeture de sites de consommation supervisée.

“Le refus du Canada de faire respecter pleinement le droit à la vie a permis des milliers de décès évitables à travers le pays”, déclare Beeta Senedjani de la Coalition canadienne des politiques sur les drogues. “Nous espérons que la commission demandera des comptes au Canada et qu’elle suscitera les changements nécessaires pour garantir la santé et la sécurité de tous les Canadiens.

La coalition demande au Comité de recommander au Canada :

  • Affirmer que le droit à la vie nécessite des mesures positives pour protéger la vie, conformément à la jurisprudence du Comité ;
  • Réexaminer et réviser ses positions en matière de contentieux interne afin d’assurer la cohérence avec ses obligations internationales en matière de droits de l’homme ;
  • Mettre en œuvre les constatations du Comité dans l’affaire Toussaint c. Canada; et
  • Garantir l’accès à des voies de recours efficaces en cas de violations systémiques du droit à la vie.

“Les tribunaux canadiens ont estimé que les lois internationales sur les droits de l’homme ne sont pas des principes abstraits et aspirationnels”, déclare Sandra Ka Hon Chu, codirectrice exécutive du Réseau juridique VIH. “La Charte est présumée offrir les protections prévues par les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elle a ratifiés.

Le texte intégral de la déclaration commune est disponible ici.

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Contact médias :

Jessica Hannon
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604-341-5005

BACKGROUNDER

Position du Canada sur les obligations positives au titre de l’article 6 (droit à la vie)
Déclaration conjointe des ONG – Résumé des questions clés

  1. La question juridique

L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques protège le droit inhérent à la vie. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies a précisé – en commençant par l’Observation générale n° 6 (1982) et réaffirmé dans l’Observation générale n° 36 (2018) – que ce droit exige des mesures positives pour remédier aux conditions systémiques qui constituent des menaces prévisibles pour la vie.

Il s’agit notamment de la dégradation de l’environnement, des sans-abri, de la faim, de la toxicomanie et de la privation de soins de santé et de services publics essentiels.

Dans l’affaire Toussaint c. Canada (2018), le Comité a appliqué cette interprétation au Canada, estimant que le fait de refuser des soins de santé essentiels à une migrante en situation irrégulière l’exposait à un risque raisonnablement prévisible pour sa vie, en violation de l’article 6. Le Comité a ordonné au Canada de prévenir des violations similaires à l’avenir en garantissant l’accès aux soins de santé essentiels lorsque la vie est en danger.

  1. La position du Canada

Le Canada l’a fait :

  • Rejet de l’interprétation du Comité selon laquelle l’article 6 exige des mesures positives concernant les conditions socio-économiques ;
  • Il a déclaré qu’il n’acceptait pas que le droit à la vie comprenne le droit de vivre dans la dignité lorsque cela peut entraîner des obligations socio-économiques ;
  • a refusé de mettre en œuvre les constatations faites dans l’affaire Toussaint parce qu’elle n’est pas d’accord avec les conclusions des comités
  • Arguments avancés dans les litiges nationaux, affirmant que le droit à la vie énoncé à l’article 7 de la Charte n’impose pas d’obligation positive de fournir des prestations vitales ou de lutter contre les menaces systémiques qui pèsent sur la vie.

Cette position, lorsqu’elle est confirmée par les tribunaux, signifie que les personnes dont le droit à la vie a été violé en vertu du droit international ne disposent d’aucun recours effectif en vertu de la Charte canadienne. Le Canada a l’obligation de garantir l’accès à des recours effectifs, ce qui exige que la Charte des droits soit interprétée de manière cohérente avec les obligations du Canada en vertu du droit international des droits de l’homme.

  1. Impacts systémiques

Les conséquences du rejet des obligations positives découlant du droit à la vie sont évidentes dans de nombreux domaines :

L’absence dechez-soi
Le nombre de décès parmi les personnes sans chez-soi est en augmentation et l’espérance de vie est considérablement réduite.

Soins de santé essentiels
Les migrants irréguliers n’ont pas accès aux soins de santé essentiels pour protéger leur vie. Le manque d’accès aux services de santé mentale reste un problème systémique, le suicide étant l’une des principales causes de décès chez les jeunes. Les populations autochtones ont une espérance de vie nettement réduite et leurs besoins en matière de santé ne sont pas satisfaits.

Consommation de substances psychoactives
Les lois pénales du Canada rendent l’offre de drogues non réglementée plus imprévisible, plus contaminée et plus puissante, entraînant chaque année des milliers de décès prévisibles et évitables. Pendant ce temps, les gouvernements continuent d’affirmer qu’ils n’ont aucune obligation de fournir, de financer ou d’assurer la disponibilité de services qui ont fait leurs preuves pour protéger le droit à la vie, y compris la consommation supervisée ou l’approvisionnement sûr.

Femmeset filles autochtones disparues et assassinées
Les femmes et les filles autochtones sont confrontées à des taux d’homicide disproportionnés. La plupart des appels à la justice lancés dans le cadre de l’enquête nationale sont restés lettre morte.

Soutien aux personnes handicapées
En raison d’un soutien social inadéquat, certaines personnes handicapées demandent une aide médicale à mourir pour des raisons de pauvreté et de privation plutôt que pour des souffrances irrémédiables.

Eau et assainissement
Des dizaines d’avis de non-consommation d’eau potable à long terme subsistent dans les communautés des Premières nations.

Insécurité alimentaire
Au Canada, environ une personne sur quatre vit dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire, une situation liée à la mortalité prématurée.

Changement climatique
Le Canada n’est pas en voie d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Les chaleurs extrêmes et les incendies de forêt ont déjà entraîné des pertes de vies humaines documentées et de graves répercussions sur la santé.

  1. Ce que demande la coalition

La coalition demande au Comité de recommander au Canada :

  1. Affirmer publiquement que le droit à la vie énoncé à l’article 6 exige des mesures positives pour faire face aux menaces systémiques qui pèsent sur la vie ;
  2. Aligner ses positions en matière de litiges nationaux sur ses obligations internationales en matière de droits de l’homme ;
  3. Mettre en œuvre les avis du comité dans les affaires concernant le droit à la vie qui n’ont pas fait l’objet de recours effectifs.