Assurer la sûreté des festivaliers en adoptant des stratégies de réduction des méfaits

L’approche de l’hiver évoque en moi des souvenir de la saison estivale.  Comme bon nombre de jeunes Canadiens, j’ai passé un été rempli d’aventures, de randonnées pédestres et de camping, d’un bout à l’autre de la province, tirant profit de la plus grande liberté que nous apporte le beau temps. J’ai eu la chance d’assister à plusieurs festivals de musique cet été. J’adore les festivals. Passer une fin de semaine loin de chez soi à écouter de la bonne musique, à faire du camping avec les copains et à danser toute la nuit sous les étoiles… la magie et la féérie du milieu des festivals attire une multitude de participants à chaque année.

Et pourtant, ces festivals ont un côté plus sombre. Les drogues « récréatives » telles que l’ecstasy, la kétamine et la cocaïne se retrouvent fréquemment dans les festivals de musique et la consommation non réglementée de telles drogues peut entraîner de graves conséquences. Cet été au Canada, près de 80 personnes ont été admises dans des hôpitaux suite à des incidents impliquant des drogues consommées lors de festivals. Deux de ces personnes ont perdu la vie. Elles étaient âgées de 20 et 22 ans, respectivement. Malheureusement, de tels scénarios ne sont pas rares. Chaque année, des jeunes participent à des festivals, et chaque année, certains y perdent la vie. Le Centre Canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies signale que la majorité des consommateurs d’ecstasy sont âgés de 15 à 24 ans. Il ne s’agit pas de dangereux criminels. Annie Trong-Le, décédée à l’âge de 20 ans d’une surdose de drogues récréatives, était étudiante en sciences politiques à l’Université York et offrait régulièrement ses services à sa communauté à titre de bénévole. Ces jeunes normaux proviennent de familles normales. Que se passe-t-il donc?

Les festivals de musique connaissent une popularité grandissante. Shambhala, un festival de musique électronique qui se tient à Salmo, en Colombie-Britannique, a limité la participantion au festival à 10 000 personnes, ce qui multiplie par dix le niveau de participation au festival depuis sa création en 1998. Le festival de musique de Squamish Valley a attiré près de 10 000 spectateurs cette année. Le festival de music Basscoast, qui se tenait auparavant à Squamish, a élargi ses activité, limité le nombre de participants et s’est déplacé vers Merritt, en Colombie-Britannique.

Cette augmentation est en partie attribuable à l’énorme hausse de popularité de la musique de danse électronique au cours des dernières années. Selon l’International Music Summer Consumer report de 2012, l’industrie de la musique de danse électronique, qui se chiffre actuellement à 6,4 milliards de dollars, est le genre musical connaissant la croissance la plus rapide aux États-Unis. Le même phénomène est observable au Canada. Les festivals qui attiraient à l’époque des artistes rock importants attirent aujourd’hui des DJ au succès phénoménal, dont Skrillex et Deadmau5.

Indissociable de la scène musicale électronique est le MDMA, également connu sous le nom d’ecstasy ou de « molly ». Le MDMA est omniprésent dans la culture populaire. Miley Cyrus, dans un de ses «hits », chante : « We Can’t Stop», «la-di-da-da-d/We like to party/Dancing with molly/Doin’ whatever we want ». Madonna nous en a mis plein la vue cette année lorsqu’elle a impunément intitulé son nouvel album « MDNA » et demandé à ses spectateurs « Où est donc passée molly »? Ayant moi-même assisté à trois festivals cet été, il m’était impossible d’ignorer la consommation de MDMA, nettement à la hausse. Les pistes de danse des festivals, jadis jonchés de gobelets de bière, sont désormais peuplés de jeunes vêtus de couleurs fluo, qui se gavent de pilules. Avec la popularité croissante de la musique de danse électronique, la culture rave est de nouveau en plein essor, et malgré le manque général de données recueillies, il me parait évident que la consommation de MDMA et de drogues récréatives est à la hausse.

Ironiquement, le problème n’est pas que les jeunes consomment du MDMA, mais bien que ce qu’ils consomment n’est PAS du MDMA. Sous forme pure et non contaminée, le MDMA augmente la production du neurotransmetteur sérotonine dans le cerveau, ce qui crée un sentiment d’extase, de confiance et de rapprochement et, bien que fortement disputées, les données factuelles donnent à penser qu’il est peu probable que les effets du MDMA pur puissent entraîner la mort (certains laboratoires étudient même le potentiel thérapeutique du MDMA). Le problème est que le MDMA, généralement disponible sous forme de gélule ou de comprimé, est souvent imprégné de substances plus dangereuses, telles que les amphétamines, la cocaïne ou d’autres dérivés dangereux du MDMA, tels que la PMMA. Ces substances, plus particulièrement lorsqu’ingérées à l’insu du consommateur, peuvent provoquer des crises cardiaques, de l’hyperthermie et des convulsions, parmi d’autres symptômes possibles. La plupart des surdoses mortelles de drogues récréatives impliquent en fait des consommateurs ayant ingéré à leur insu des substances dangereuses qui leur étaient inconnues.

Il est impossible pour la plupart des consommateurs de drogues récréatives de savoir exactement ce qu’ils consomment. Même après avoir consommé plusieurs fois avec succès des drogues récréatives, une seule dose de drogue contaminée peut provoquer une mort subite et imprévue. Maintenir une ferme approche « anti-drogues » n’empêchera pas les jeunes de consommer des drogues. Et il est tout simplement inacceptable que la mort fasse partie intégrante du milieu des festivals. Nous devons trouver des alternatives plus sûres pour les consommateurs de drogues. Sinon, la situation ne fera que s’aggraver.

Certains organismes ont déjà commencé à prendre le contrôle. Au festival Shambhala, l’AIDS Network Kootenay Outreach and Support Society (ANKORS, ou le réseau de soutien et de sensibilisation au SIDA de la région Kootenay) a installé un kiosque gratuit de dépistage des drogues inconnues (Et ça fonctionne! Consultez les statistiques ci-dessous). Le Trip Project de Toronto et Dance Safe de San Francisco informent, sensibilisent et exercent des activités de dépistage de drogues auprès des festivaliers adeptes de musiques de danse électronique, pour leur permettre d’accroître leur sûreté et d’approfondir leurs connaissances en matière de drogues. Plusieurs festivals offrent des « espaces de recueillement » où les consommateurs de drogues qui se sentent dépassés ou mal à l’aise peuvent se reposer dans un environnement non critique où travaillent des professionnels des soins d’urgence. Bien que la plupart des festivals déclarent clairement qu’ils ne favorisent pas la consommation de drogues, ils indiquent clairement où trouver de l’aide en cas de besoin. Les programmes de réduction des méfaits surgissent un peu partout dans le milieu des fêtes branchées.

Mêmes les petites avancées en faveur de la réduction des méfaits peuvent apporter de grands changements. Un meilleur accès aux trousses de dépistages dans les festivals et les fêtes branchées doit devenir la norme. L’Université de l’Alberta travaille déjà à l’élaboration de trousses de dépistage rapide, conçues pour aider les autorités à contrôler la composition des drogues de rue. Des tests améliorés de dépistage de drogues pourraient aider à éliminer les trafiquants de drogues malhonnêtes qui ajoutent des substances dangereuses à leurs produits, ce qui permettrait d’accroître la sûreté des consommateurs. De même, une meilleure éducation à la consommation de drogues, dispensée au foyer et à l’école par des adultes en qui les jeunes ont confiance, peut aider les jeunes à faire des choix plus sûrs.

En vérité, le monde des fêtes branchées est en plein changement. Les jeunes perdent la vie. L’heure est venue de songer à leur sécurité.

*****

Ankors établit des statistiques à chaque année, fondées sur les résultats de leurs activités de dépistage de drogues recueillis lors du festival de musique Shambhala. Les statistiques suivantes ont été recueillies au cours du festival de 2013.

Nombre total de tests de dépistage : 2 254
Nombre de drogues éliminées après le test : 155 (6,8%)
Nombre de tests effectués sur des comprimés de MDMA ayant révélé la présence de MDMA : 1 302
Nombre de tests effectués sur des comprimés de MDMA n’ayant pas révélé la présence de MDMA : 339
Taux d’échec des comprimés de MDMA : 21%
Échantillons de kétamine ayant révélé la présence de kétamine : 158
Échantillons de kétamine n’ayant pas révélé la présence de kétamine : 63
Taux d’échec des échantillons de kétamine : 29%
Substances étrangères : 91
PMMA : 77

Source: Alexandra Pozadzki, Globe and Mail

Kimberly Girling

About Kimberly Girling

Kimberly Girling is a Ph.D. candidate in Neuroscience at UBC with a strong interest in global health and accessible medicine. She is a also Director of Corporate Relations of the Student Biotechnology Network and sits on the advisory board for the Neglected Global Diseases Initiative at UBC.

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